Volute Modz : Les Cardinaux de la vape française

Les lecteurs habitués de notre blog le savent, nous défendons avant tout une forme d’artisanat dans la conception du matériel de vape, celle où les modeurs sont avant tout des vapers, mais également à l’écoute des utilisateurs pour concevoir, améliorer, et trouver le petit truc en plus qui optimisera le matériel. Vous vous en étiez surement bien rendu compte au travers de nos retours sur le Richelieu, le Mazarin et la version bottom feeder du Richelieu que l’on apprécie particulièrement le travail des deux modeurs de Volute Modz.
Nicolas et Robin, les deux modeurs de Volute Modz, sont avant tout des amoureux du travail bien fait, des perfectionnistes capables de revoir sans cesse leur copie, d’implacables travailleurs. Ce sont aussi de vrais artisans français qui n’hésitent pas à la revendiquer. Mais au delà de leur travail, ce sont deux gars d’une gentillesse et d’une humilité sans faille, attentifs au monde dans lequel ils évoluent et qui veulent avant tout proposer des produits d’une qualité irréprochable à leurs clients. La grande classe à la française …
Je vous propose donc de partir à la découverte de ces deux grands monsieurs de la vape française.

  • La vape pour vous ça a commencé comment ?

Par un beau jour de printemps…  Pour ma part vers 2010-2011, dans une startup à Paris, je fumais une cartouche de clopes par semaine. Robin lui c’était il y a 4 ans (fais le calcul).  J’ai commencé en allant avec une collègue dans le premier magasin Clopinette de Paris qui ouvrait, le côté geekerie nous parlait. Donc ego C, ego T, les kits aux alentour de 100€. Je vapofumais, puis je me suis remis à fumer au bout de 6 mois. Entre temps j’ai croisé Robin et on a parlé de ecig (recroisé, car on se connait de longue dates) et quand je l’ai à nouveau recroisé, un an après, il vapait sur un Provari et un Kayfun Lite. Il m’a convaincu de retenter l’expérience avec ce type de matos (c’est vrai que c’est con de refumer alors que l’alternative existe). Et hop, je me suis pris un provari, un tank avec carto.

  • Donc vous vous connaissez depuis longtemps , mais monter un business à deux quand on est amis c’est pas toujours très simple, comment vous faites en sorte que votre association perdure ?

On couche avec la même femme et on se menace [Rires]. Non, plus sérieusement, on se fait confiance à la base, on a mis 10k € chacun. C’est une somme conséquente pour nous deux et on valorise notre amitié à bien plus que ces 20 K € investis. On a monté une SAS apres avoir assez bien étudié la question pour éviter les déconvenues entre nous. On ne s’est jamais caché de l’argent que l’on avait investi, et si quelqu’un veut tenter l’aventure, on partage sans vergogne. La structure est minuscule, mais on ne se verse pas de salaires. On a fait quelques erreurs au début, mais on apprends.
[Robin a cru bon de rajouter « de toute façon c’est moi le patron »]

  • Pour vous lancer dans cette aventure vous aviez des prédispositions et des connaissances techniques ou vous vous êtes formés sur le tas ?

L’un était usineur dans le passé, l’autre a fait des études techniques (DUT GEII, de l’électro et de l’info industrielle), on a donc chacun un profil de technicien. Notre structure manque d’un vrai commercial et d’un artiste [rires]. Pour le côté gestion, c’est tout sur le tas avec un petit accompagnement , au tout début, par une structure locale, une couveuse d’entreprise. Mais, on a vite volé de nos propres ailes car on avait un « business plan » et des projections très loin de leur réalité (ils tentaient plutôt de donner espoir à une future toiletteuse pour chien).  A ce moment là, on voyait le CA en centaines de milliers d’euros sous 1 an. C’était encore l’époque des « modeurs »,  la guerre des F5, des batchs qui s’envolent en quelques minutes. On a perdu pas mal de temps à monter notre structure.
Au final, on pense qu’à six mois près, on était encore dans LA vague, mais on est arrivé dans le rouleaux avec pas mal d’autre monde et le modèle de vente est devenu plus ‘standard’, on a pas versé dans ce côté là du commerce, mais on tente.
Le premier objectif qu’on se fixe est de ne pas perdre d’argent, le second sera de gagner assez pour payer un salaire, puis ensuite un second salaire, puis ensuite le yatch, et enfin la coke et les bar à p… [rires].
Plus sérieusement, dans la pratique, on a réussi à atteindre l’équilibre fin 2016, c’est à dire qu’on ne peut pas encore récupérer notre mise mais on a pas perdu d’argent. Le Richelieu, le Mazarin et les petits à côté n’ont rapporté aucun bénéfice, mais on a réussi à les sortir et c’est notre fierté.

Le Richelieu et sa sublime gravure
  •  Vous avez besoin de quoi pour grandir ? un investisseur ou vous souhaitez tout contrôler vous meme ?

C’est la question des petits producteurs, tout est une question de risques. On pourrait baisser nos prix en réalisant un grosse production,  genre 1000 exemplaires, mais on a pas 100 K € à risquer. Mais, on a pas peur, car dès le début on a décidé de tout faire dans les règles, notre projet est sain. La grosse production, c’est une simple question pécuniaire et de prise de risques que l’on ne peut pas prendre à notre niveau.

  • Vous avez produits deux beaux magnifique drippers, et quelques accessoires (drip tips, beauty-rings et base bottom feeder),  il sont nés comment ?

On est parti d’un cahier des charges. Le Richelieu tient sa forme de ses fonctionnalités, on voulait un dripper avec une cuve,  qui soit étanche et facile a vivre.  On a des plans pour un mod depuis 2015, un tube meca, mais la mode se tassait, donc on a est allé vers le Mazarin, plus orienté airflow de camionneur.
Stratégiquement, en étant basé sur la même cuve et la même visserie, on diminuait aussi le coût de fabrication, tout en offrant la possibilité de faire évoluer un atomiseur déjà possédé   Le Richelieu et qui n’est « pas donné » [Le top cap du Mazarin peut s’adapter sur la base du Richelieu]. Donc, le Mazarin est un projet un peu plus rationnel. Pour le Richelieu, on maintient encore qu’on est « hors norme », on a sorti le « dripper » le plus cher à l’époque, mais c’était très en dessous du prix qu’il aurait fallu le vendre. On a réussi à équilibrer nos comptes avec le Mazarin et les accessoires. La grosse force de nos projets jusqu’ici, c’est le zéro SAV.
Les drip tips et les bagues, c’est purement esthétique. La base BF, c’est surtout pour coller à une demande de nos clients. Tout en etant compatible avec le reste, la base BF se coile aussi simplement que les deux autres et se monte avec les deux top caps. Mais sur tous nos produits, on a quand même le soucis du détail. Pour les drip tips, on leur a donné un arrondi ultra confortable en bouche et une entrée d’air adapté au Richelieu. La forme de l’airflow du Mazarin permet d’éviter les sifflements.

  • Vous n’avez aucun retour produit pour SAV  ?

Seulement deux retours, une éraflure sur une gorge qui se sentait au toucher (pas visible à l’oeil)
et un Richelieu qui sifflait du à un défaut d’ébavurage sur un trou d’airflow. Dans les deux cas, on a changé la pièce.
On essaie d’être prévenant quand on discute avec les gens. L’idée étant de ne pas vendre à quelqu’un qui sera déçu. Nos atos ne sont, par exemple,  pas conçus pour le cloudchasing. Lors du dernier vapexpo, on a déconseillé le Mazarin a quelqu’un qui ne cherchait qu’à faire du gros cloud et des montages trop bas.
Cà parait un peu « facile » ou fleur bleue, mais on croit au client content et statisfait. Donc on a zéro SAV et on répond à tout le monde, on prend le temps d’expliquer par mail : les montages, les fils, les trucs qui marchent ou pas. C’est bien apprécié. On essaye d’apppliquer le vieux dicton du « traite ton prochain comme tu voudrais être traité ».  A notre niveau, c’est en tout cas encore possible de le faire. Cela doit être compliqué pour des modeurs qui produisent en masse.

Le Mazarin
  • Sinon vous usinez vous même quelques parties ou vous sous traîtez tout ?

On sous-traite tout. On a pas de machines, juste des PC et une boite aux lettres. On fait plein de plans en CAO (conception assistée par ordinateur), on critique et ça finit par sortir un truc bien [Nicolas me prévient qu’il a fait pleurer de nombreuse fois Robin et Robin lui rétorque qu’il n’a qu’à taper ^^ …].
Concrètement la première année Robin s’est mis à 100% sur Volute et a travaillé la CAO 12h par jours pendant des mois. Avec son passé d’usineur, il connaissait le résultat à obtenir, ce qui nous a valut quelques bonne remarques sur la qualité de nos plans. 1 Go de plans réalisés au total.
On fait faire un maximum en France, juste à côté de chez nous à Orléans. L’intérêt, autre que de faire plaisir à notre côté chauvin, c’est d’avoir des retours rapides et de pouvoir discuter de visu avec ceux qui vont fabriquer les pièces. Mais, trouver quelqu’un pour usiner nos pièces est TRES compliqué, on se fait rembarrer à tout bout de champ, soit parce que nos productions sont trop petites, soit parce que nos pièces sont trop complexes. La complexité géométrique fait peur et
certaines pièces sont indéxées (elles doivent être réalisées en une seule étape), d’autres nécessitent des reprises d’usinage. Le plus complexe restant les indexations.
A titre d’exemple, l’extérieur de la chambre et du topcap du richelieu doivent être réalisées en une fois, ce sont les index qui se positionnent par rapport au trou, donc les airflows les index et les percage en haut ont une position précise, pour que quand tu tourne ça tombe bien en face.
Ca force a avoir une machine qui l’a déjà fait et à finir la face exterieur en une seule fois avec une reprise pour faire l’interieur sans laisser de marque en tapant dans l’inox. Un trou d’airflow se fait en 3 passes sur le Richelieu pour avoir quelque chose de net et sans bavure on a un usineur qui bosse bien. C’est cher, mais la qualité est là.
Ensuite pour la visserie on est passé en Chine. Ce sont des vis usinées en Chine sur plan, pas achetées en France a un grossiste qui achète en Chine. On a trouvé une société « pas-à-shenzen » et on a réussi à avoir un boulot pas trop mal. A titre d’exemple, généralement le dessous de la tête de vis est légèrement arrondi, mais c’est pas pratique pour attraper un fil. Nos vis ont un dessous plat. C’est bête, çà ne se voit pas forcément, mais çà marche mieux, et là le prix en chine reste imbattable.
Mais, on paye 10 fois le prix normal pour pouvoir chipoter sur les détails, mais çà reste 5 fois moins cher qu’usiné en France.
Ensuite, on a rencontré Vapeprod grace au CMF, ils sont au top. Ce sont des français installés à Taiwan, de vrais passionnés. C’est une petite structure dédiée à la vape dans une boite qui fait de l’usinage de précision (vélos de compet, racing, …), on a fait usiner le Mazarin et les drip tips avec eux. L’airflow du Mazarin c’est 2x 25mn d’usinage, pour le coup, ils ont fait un travail de malades, mais on a réussi à sortir un bon produit à 100 € au final.

  • Un projet qui risque d’aboutir bientôt ?

Oui, on a plusieurs projets en cours dont un bien abouti mais on ne peut pas trop en dire. On est encore dans la phase d’élaboration , on espère pouvoir le présenter au prochain vapexpo, mais rien n’est fait. Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il  y a une liste assez longue de « détails » comme on les aime, mais on la publiera quand on sera prêt à présenter notre projet.

  •  Pourquoi avoir choisi Richelieu et Mazarin comme nom pour vos premières créations ?

On voulait donner une consonance française un peu aristocratique à nos créations, quelque chose qui colle avec le mot Volute, quelque chose de voluptueux. Et puis ce sont deux des plus grands hommes d’Etat français.

Un exemple de montage sur Richelieu
  • Vos préférences en matière de matériel et de liquide  ?

Nicolas :
Je vape essentiellement sur un Richelieu avec une box électro, en dual coil 22-24W. ET pour le jus, j’alterne entre le The Keys de Good Life Vapor et le lemonpool de Juicestick qu’on a eu la chance de pouvoir goûter avant tout le monde.
Robin :
Je vape du Deadly Sin de Good Life Vapor sur Richelieu (en single coil) ou du Classique de La Mécanique des Fluides dans un Doggy 2k16, j’ai d’ailleurs dit à Aniki que j’aurai aimé le dessiner le 2k16.

  • Une licorne ? Un ato ou un mod qui vous a inspiré ou qui vous fait vraiment envie ?

Robin:
le arrow 22 et bagua 22 titane de yellowkiss.
Nicolas :
J’ai vraiment hâte de tester nos futures réalisations, mais j’avoue qu’en ce moment un rjmods me fait bien envie.

  • Une personne du monde de la vape que vous admirez ou que vous aimez particulièrement?

Pas simple de choisir quelqu’un, il y a beaucoup de monde qui a oeuvré de façon admirable d’une façon ou d’une autre pour la vape. Mais on adore les modeurs sur CMF avec une mention spéciale à  Vincent Athea, et son esprit et à Juju de Cigabois, avec qui on se marre tout le temps. En modeur étranger, on aime beaucoup Yellowkiss. On a eu la chance de sympathiser avec Jan Kounen, on aime beaucoup son esprit allumé et passioné. Phil Busardo fait également parti des personnalités qui ont fait beaucoup, comme 1000 messages pour la vape ou la vape du coeur, … On aime bien Aurore aussi qui se prend pas au sérieux, elle fait des revues d’utilisatrice, elle part pas dans des trucs spaces et puis on aime bien … vaping.fr, avec une mention spéciale au Capitaine [Cnefracasse, un excellent expert en matière de tubes mecas et de dripper qui se fait malheureusement trop rare sur notre blog] dont on adore la prose lorsqu’il fait une revue.

  •  Comment voyez vous l’avenir de la vape et le votre par extension ?

On voit un avenir durable, difficile d’arrêter une telle vague, meme si je pense que cela ne sera pas forcement des plus simple avec les lobbys. Quant à notre avenir, tant que la passion est là et qu’on peut financer de nouveaux projets je ne vois pas de raison d’arrêter. On a laissé de côté le désir de devenir riche. On aime vraiment ce que l’on fait avoir la possibilité de créer un truc à nous. On essaie de continuer à cultiver l’image de qualité et de sympathie qu’on a récolté. On reste à notre place autant que possible même s’il y a du monde dans la place.

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