L’escroquerie intellectuelle de la E-cigarette connectée

first intelligent godIl y a quelques semaines, nous émettions des réserves sur la « première e-cigarette connectée », pseudo intelligente. Une discussion sur le forum Ecigarette-public.com m’invite aujourd’hui à remettre le couvert. L’échange porte cette fois sur un module connecté, dont le fonctionnement reste d’ailleurs assez flou si on se réfère aux informations du site officiel de l’objet, j’ai nommé… Myvaps.

Le concept du bidule connecté

Techniquement, nous sommes donc face à un bidule module, c’est à dire à un objet, avec un connecteur 510, et deux composants électroniques :

  • une board qui va apporter « l’intelligence » applicative ;
  • un chipset bluetooth qui va communiquer des données à votre smartphone, bref, une simple carte réseau.

Soit à la louche 1,50 € de plastique, 3 € d’électronique , que l’on connecte à son atomiseur, et peut-être à une batterie, on ne sait pas trop comment vu les infos disponibles sur le site officiel. On ajoute à ceci des frais de marketing, de R&D, de marketing, de développement d’une application mobile et de marketing… et on arrive à un prix de vente public de … on sait pas encore.

Les personnes qui me lisent ici ou ailleurs savent tout le bien que je pense d’Internet et des objets connectés. Là n’est pas vraiment la question, je baigne dedans depuis un moment et je pense avoir une vision relativement éclairée sur un objet quand il est connecté et de ce que ce dernier apporte comme valeur ajoutée, soit à un utilisateur, soit au réseau lui même. Si le réseau se nourri de données pour restituer de l’intelligence aux utilisateurs, il doit aussi faire le tri entre données utiles et données polluantes (typiquement, la publicité, les malwares, et les lolcats… non c’est bien les lolcats). Nous définirons une donnée polluante comme une donnée dont le bilan énergétique est démesuré en fonction de l’utilité et de l’intérêt qu’elle suscite. Dans le cas de notre bidule connecté, nous parlons quand même d’un truc qui va taper sur le buetooth, la batterie, et la connection 3G de votre smartphone pour uploader le nombre de bouffées que vous tirez sur votre clope électronique.

lolcat

Internet des objets ?

L’Internet des objets est déjà une réalité, et si des objets sont connectés, c’est qu’il y a un bénéfice évident soit pour l’utilisateur, soit pour la société. Un objet qui va communiquer des données en permanence sur le réseau n’a rien d’anodin. Mais dans les données qui sont envoyées, il y en a qui ont un intérêt manifeste, souvent produit par la masse de données que l’on pourra traiter pour produire une information pertinente et utile à tous, soit au contraire des données parfaitement inutiles qui n’ont rien à faire sur Internet et qui ne servent que les intérêts des sociétés qui produisent l’inutile, le polluant, pour créer un nouveau besoin. Là encore si vous me lisez ici ou sur d’autres sites, vous commencez à comprendre que je n’ai pas de mots assez durs pour dénoncer ce genre d’escroquerie intellectuelle qui vous transforme souvent malgré vous en panneau publicitaire dont la régie est directement connectée à votre carnet d’adresse.

Un objet connecté, comme une voiture, va permettre avec une masse de données de géolocalisation, de signaler et même de prévoir à l’avance, des ralentissements ou des embouteillages. La valeur ajoutée est évidente, l’information produite est utile.

Si on connecte à Internet un pont tournant, au passage d’un bateau, ce dernier pourra communiquer aux automobilistes une information pertinente les invitant soit à patienter avant de prendre la route, soit à utiliser un itinéraire de contournement.

Oui l’internet des objets est utile… mais pas pour tout.

Une cigarette électronique connectée ? Pourquoi faire ?

Quel type de données une cigarette électronique peut communiquer au réseau pour apporter une information pertinente ? Les pistes ne manquent pourtant pas. A l’heure où l’EFVI tente de convaincre les eurodéputés de ne pas restreindre l’usage de la cigarette électronique et devant le manque d’études sérieuses à long terme sur les usages, ce n’est franchement pas les idées qui me manquent pour produire des données utiles à la prise de décision en matière de politique sanitaire… même si ceci peut évidemment poser des problématiques (loin d’être insurmontables) en matière de traitement et d’utilisation de données pseudo personnelles.

On s’attend logiquement à voir émerger un projet un peu moins con qu’un simple « autorise ta e-cigarette à accéder à ton carnet d’adresses et compare ton nombre de lattes avec tes amis sur Facebook« …

Mais non.. .encore et toujours des « fonctionnalités communautaires » débiles, qui ne servent à rien d’autres que faire la promotion d’un objet inutile en spammant vos contacts.

Une de plus…

Après Smokio, la « première e-cigarette connectée » qui transforme vos lattes en pseudo données de santé qu’on balance sur un cloud américain, après Smoke-Watchers, le weight watchers de la e-clope connectée, voici donc MyVaps, le bidule connecté qui superpoke vos potes et balance une info ultra pertinente dans le cadre d’un concours de cyberquéquettes… le nombre de bouffées vapées.

L’intérêt d’une donnée comme le nombre de bouffées vapées, sans prendre en compte le taux de nicotine, la resistance de votre atomiseur, la durée des bouffées ET l’intensité du courant… concrètement, vous êtes vous déjà posé la question bête du « à quoi ça sert ? ». La réponse tient en 4 lettres : RIEN.

Une palanquée de mod electros embarquent déjà cette fonctionnalité, c’est par exemple le cas du Zmax v5 de Sigelei. Mais il y a une différence notable. Cette fonctionnalité reste sur votre mod, tout simplement parce qu’il n’y a strictmement aucun intérêt à la partager en l’état. Franchement, qui a besoin d’avoir son nombre de bouffées quotidiennes en full HD ?

Mais alors si ça sert à rien… à quoi ça sert ?

Quand un service en ligne est gratuit, c’est vous le produit… et quand un produit connecté ne sert à rien, c’est que c’est vous qui servez à quelque chose pour celui qui vous l’a vendu.

Il suffit d’ailleurs de jeter un oeil au discours marketing qui enrobe ces bidules révolutionnaires connectés pour vous rendre compte que les formidables « fonctionnalités sociales » de ces engins n’ont qu’un seul et unique but, et ça se passe, techniquement en 2 temps :

  • accéder à vos contacts ;
  • accéder à vos comptes de réseaux sociaux pour balancer de la pub auto-centrée dont 99% de vos followers se foutent éperdument;

Bien enrobé avec le marketing qui va bien, ça donne un truc comme ça :

mv

Voilà donc que ma cigarette électronique, grâce à ce bidule connecté à une application de smartphone, va devenir un « intelligent vecteur de convivialité et de soutien« . Mouais, permettez moi d’émettre quelques doutes, je ne jugerai que sur la tronche des permissions que cette application révolutionnaire me demandera à l’installation.

Le journal du geek nous apprend même (à vérifier car la formulation n’est pas limpide), que l’application en question accèdera à vos données de géolocalisation… en dehors de s’improviser un vapéro à l’arrache sur une aire d’autoroute, il faudrait m’expliquer l’utilité d’une collecte de ce type de données (la revente à des boutiques ?).

Concrètement, aujourd’hui, ce bidule connecté, en dehors « d’enlarger votre vapitude », aura probablement pour effet de :

  • vous faire pomper votre carnet d’adresse ;
  • réduire votre carnet d’adresse (en ce qui me concerne j’unfollow direct les tweets automatisés qui polluent ma timeline) ;
  • vous faire passer pour un bot, ou pire, un abruti narcissique qui compare sa cyberquéquette sur les réseaux sociaux avec celle d’autres abrutis…

Conclusion ?

Je ne suis pas un grand fan des électro mais je ne suis pas non plus quelqu’un de réfractaire à l’internet des objets et aux objets intelligents. En revanche, je suis consterné de voir ce genre de produits pulluler dans le seul et unique but de collecter des données personnelles, alors qu’une mise en oeuvre intelligente pourrait servir un à processus décisionnel d’utilité publique, c’est à dire, dans un  cadre gratuit, sur la base du volontariat et financé dans le cadre d’un projet d’utilité publique :

  • pour fournir à nos eurodéputés qui statuent sur le devenir de la cigarette électronique des données exploitables
  • pour fournir ces mêmes données aux professions de santé qui auraient grand besoin d’une masse de données utiles, accessibles et ouvertes afin de mieux prévenir d’éventuels risques sanitaires.

Allez, encore un effort et il arrivera bien un jour où une société proposera un truc vraiment intelligent et d’utilité publique… le cas échéant, j’écrirai une ébauche de spécifications que je vous offrirai ici, et que vous aurez loisir d’utiliser ou pas pour une application commercialisable (la magie des licences BSD).

Partager cet article :

Twitter Facebook Google Plus mail

9 comments

  1. Salut Bluetouff et merci pour ton exposé instructif.

    Je partage une partie de ton analyse, mais tu te trompes complètement sur MyVaps : nous sommes des early adopters d’objets connectés et autres appareils de quantified-self (pas big brother & co). Et nous croyons vraiment aux vertus de l’auto-mesure pour changer son comportement (je suis d’ailleurs au meetup #quantifiedself ce soir si tu veux en discuter).

    Je vapote depuis maintenant plus d’un an et mettre de l’automesure dans la cigarette électronique m’a paru une évidence. Pas pour donner des équivalences cigarettes, forcément farfelues, mais pour suivre sur le long terme sa consommation (avec prise en compte de la résistance de l’Ato ;), de la tension et durée de vape).
    Quand au « quantified-self participatif », oui c’est un terme markété, mais c’est surtout une superbe manière de se positionner par rapport aux autres dans un monde ou les primo arrivant sont un peu perdu (temoignages recueilli sur mon youtube http://www.youtube.com/watch?v=QYdj7-0qYoc).

    L’idée du module vient du fait que nous utilisons (presque) tous plusieurs batteries (souvent pas pérenne). Voir mod le week-end et batterie pour le reste.

    Pour l’autonomie, c’est celle de la pile pour alimenter l’horloge. Pour le reste un supercap prend le relai de la batterie pour alimenter le module et le transfert BLE.

    Là où je te rejoins, ce sont des données personnelles qui sont sur le réseau. Mais les données de vapes ne sont pas des données sensibles et notre volonté est d’accompagner le vapoteur : celui qui veut arrêter (sevrage nicotinique) ou tout simplement maîtriser sa vape et sa cigarette.

    Je trouve ton jugement parfois caricaturale par rapport à une équipe et un projet que tu ne connais pas. Mais je respecte ton point de vue, j’essaye là de l’etayer.

    ps: pour Smokio, je suis d’accord avec toi pour l’avoir essayée 😉

    1. Bonjour Sébastien,

      J’entends bien que ton device, contrairement à Smokio s’oriente vers de l’automesure.
      C’est bien sur l’aspect « participatif » que je tique. Désolé mais je persiste à très mal saisir l’intérêt de se « positionner » publiquement sur un réseau social, j’y vois même un risque pour les plus jeunes.
      Il y a ensuite le device lui même, taillé pour de l’Ego / evod… le genre de batterie avec lesquelles on risque pas de faire du subohm, donc de s’envoyer une blinde de juice en deux barres. En gros il est adapté pour des personnes qui n’ont qu’a surveiller le level de liquide de leur bouteille pour avoir une idée de leur consommation.
      Et je passe sur les _vrais_ truc dangereux : la fibre de silice dans les poumons des mèches de clearomizers à la con, les métaux lourds du chrome des mêmes clearo et enfin les cochonneries dans certains arômes.
      Il y a encore un point relatif au positionnement. Smokio part directement dans un délire de pseudo médicalisation et va tout debout stocker ces données dans un cloud US. Si de ton côté ce n’est pas du tout le cas, il y a quand même un petit glissement qui définit l’usage de la ecigarette comme un produit de substitution du tabac. Je ne vais pas te faire l’affront de te rappeler ce qui se joue à Bruxelles en ce moment, mais à force de voir les uns et les autres se positionner comme « produit de substitution » ou « produit du tabac », nous aurons une législation issue de boulettes marketing qui occultera ce qu’elle est vraiment, à savoir une alternative au tabac, et non un produit de substitution que les pharmaciens auront beau jeu de vouloir contrôler la distribution de manière exclusive.

      Comprenons nous bien, ce n’est pas l’équipe technique que je vise par ces réserve mais bien tout le marketing autour.

  2. C’est vrai que tout ce flou autour de ce nouveau produit n’incite pas le vapoteur à se rapprocher d’un tel outil. Et puis, quelle est véritablement la valeur ajoutée pour celui qui souhaite arrêter le tabac. Connaître le nombre d’inhalations effectuées n’a tellement d’intérêt à mon sens. Je suis actuellement en plein sevrage et je ne vois pas très bien en quoi cette donnée pourrait m’aider dans ce travail. Est-ce que je serais plus précisément à quel moment je dois changer mon dosage. A mon sens, la seule chose qui pourrait me le dire, c’est ma conscience, ma sensation de manque et mon degré de satisfaction quand je vapote.

  3. Bluetouff ?
    Est ce que les docs que tu as telecharge sur googleuh montrent les dangers de la combustion de la silica ?
    Moi qui etait si content d avoir arrêter de fumer grâce à mon clearo à base de silica et de « métaux lourds »…
    Tu fais parti du complot de big tobacco ou quoi…? En tout cas au final… Bien franco français… » moi je suis un expert les français sont des veaux moi je sais tout mieux que les autres… Et je critique je critique…..
    Tous les vapoteurs nouveaux venus ne peuvent pas et ne veulent pas prétendre faire du cloud chasing en sub ohms pour être the best of the world..
    Et pourtant je ne peux qu’être d’accord sur la protection des données personnelles… Mais au final plus il y aura de données, plus se sera difficile des analyser… Alors si quelques francouze peuvent faire du brouzouffe avec pourquoi les saborder direct ? Bien à toi car quand même tu es couillu !!

  4. Désolé que tu l aies pris de cette façon.
    Mon idée, et je l’ai sûrement mal exprimé… C’est que certains américains ne se posent pas de questions quant à leur réussite au mépris de toutes les libertés individuelles, sauf celle d’entreprendre. C’est ce qui nous manque cruellement en France, peut être je me trompe. Mais nous sommes bien moins nombreux que les américains (et encore moi s que les chinois mais c’est un autre sujet)
    Alors certes, la cigarette « connectée » est une belle vaste conneries… Mais alors Bluetouff… Tes mods ne sont pas connectées au réseaux sociaux…. Mais comment se fait il qu’on te voit partout ? Et de ce post et de ta réponse à mon commentaire qui est sans appel,que dois je conclure ? L élitisme n’est pas ma tasse de thé… Surtout dans notre tout petit petit petit pays qui voudrait encore se la raconter…
    Encore une fois, j’apprécie énormément tout le travail que tu fournis et.. Voilà… Bien à toi

  5. Ok je te fais la réponse étendue donc…

    « Tous les vapoteurs nouveaux venus ne peuvent pas et ne veulent pas prétendre faire du cloud chasing en sub ohms pour être the best of the world.. »

    C’est amusant que tu me fasses ce genre de remarque pil poil le jour ou je poste un test de deux clearos d’entrée de gamme : http://vape.li/clearomizers-evod-bcc-clearo-vs-gs-h2-de-ecig-vapo-com/ … tu peux donc en conclure, qu’un vendredi, un jour où je poste justement ce billet, j’en ai moi-même conclu que ton commentaire était trollogène.
    J’ai répété maintes fois ici que c’est grâce à un clearo que j’ai arrêté de fumer. Si j’ai ouvert ce petit espace, c’est parce que je souhaitais aller plus loin, parce que la vape me plait. Si ce dernier permet à des gens d’arrêter de fumer et de se découvrir une passion, je ne peux que m’en réjouir.

    « L élitisme n’est pas ma tasse de thé… Surtout dans notre tout petit petit petit pays qui voudrait encore se la raconter… »

    Franchement, qui te parle d’élitisme ? L’élitisme pour moi, c’est un kit ego à 80 euros pas un IGO à $5 sur un Nemesis à 20$ pour vaper du e-liquide à 650 euros le litre alors que mon liquide me revient à 35 euros le litre. Je n’oblige personne à passer sur du DiY, même si cet espace a quand même une vocation à ça.

    « Mais alors Bluetouff… Tes mods ne sont pas connectées au réseaux sociaux…. Mais comment se fait il qu’on te voit partout ? »

    La différence entre mes blogs/sites et un mod me semble assez évidente. Un espace de publication web, est, comme son nom l’indique un espace de publication. C’est à dire un espace sur lequel je fais moi même la démarche de partager des données, en l’occurrence des mots, des photos ou des vidéos pour partager une expérience, un savoir… et non des données totalement décontextualisée dont je ne maitrise pas les partages qui seraient faits automatiquement par un chip sur ma clope qui cause à mon téléphone. Sérieusement je ne comprends même pas ta question.

    Si on me « voit partout », c’est peut être malheureusement que sur certains dossiers, d’autres personnes n’ont pas les couilles de faire leur travail. Là encore je ne comprends pas cet amalgame hacktivisme vs ce blog.
    Ca mériterait qu’on en cause autour d’une bière mais ne crois pas que je vis spécialement bien de voir mon nom dans toute la presse associé à celui d’un cybercriminel si c’est ce à quoi tu fais allusion.

    Pour en revenir à la cigarette connectée, à lire le commentaire de Sebastien, je ne désespère pas que son équipe et lui fasse un bon produit au final, et je vais même te faire une confidence… je m’engage à le tester.

    1. Avec un très grand plaisir… Je viendrai discuter et avec humilité certainement apprendre surtout beaucoup avec toi et comme je le disais dans mon premier commentaire, effectivement tu es couillu car et je ne prejugeai pas du contraire, voire quelqu’un qui fait son boulot et passe devant un tribunal qui ne comprennent rien n’est certainement pas une plaisir.. J’en sais qq chose
      À dispo donc autour d’une binouze 😉

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *