La guerre des clones a toujours lieu

Le sujet est toujours épineux et l’on pourrait me reprocher de relancer un débat considéré comme stérile au prétexte que les positions mises en avant sont inconciliables. Je refuse néanmoins de céder à la facilité et je n’abdiquerai pas ma liberté d’expression sous la pression d’individus mal élevés qui pratiquent mieux les insultes qu’ils n’agitent leurs neurones, persuadés qu’ils sont de part et d’autres de pouvoir faire triompher leur vérité parce qu’ils s’expriment avec le plus de grossièretés possible.
J’entends bien la récrimination, la guerre des clones c’est du passé et on n’en parle plus. Et puis on avait dit que les clones ils allaient tuer les modeurs et que si ça continuait comme ça ils ne vendraient plus rien. S’il semble bien que le postulat fut quelque peu alarmiste, soulignons toutefois qu’il est évident que nos modeurs bien aimés vendraient davantage d’unités de leurs productions s’ils n’étaient pas concurrencé par ces fameux clones. Et que s’ils en vendaient davantage, il les vendrait peut-être moins chers.
Nous y reviendrons plus tard. A titre liminaire, je vous propose de définir le cadre du sujet. Nous n’évoquerons ici que le marché des atomiseurs reconstructibles et des mods/box considérés comme « high end », c’est à dire avec une qualité de fabrication (en théorie) au-dessus de celle d’un matériel standard. Conçus par des modeurs ou groupes de modeurs indépendants et produits par eux même ou des sous-traitants en quantité plus ou moins limitées, ils ont une valeur commerciale dont nous situeront le prix minimum à partir de 65€ (on ratisse large).
Ces produits « originaux » sont opposés à leurs « clones », copies réalisées à grande échelle par des entreprises généralement chinoises et distribuées au 8ème du prix des originaux à peu près.
La notion de clone est historiquement biologique et correspond à un être vivant issu d’une reproduction asexuée génétiquement identique en tout point à son parent. Familièrement, c’est la copie conforme d’un objet. Le mot est volontiers utilisé par les vapoteurs plutôt que celui de copie ou contrefaçon (c’est sans doute mois culpabilisant). Sachant qu’une copie peut être légale alors que la contrefaçon, par nature, ne saurait l’être.
Pour beaucoup, la principale différence entre le clone et l’original, c’est le prix. Et l’agent est en l’occurrence et plus que jamais le nerf de cette guerre.
En effet, nous en venons nécessairement au prix du matériel original. Juste rémunération pour certains, exploitation du vapoteur pour d’autres.
Si exploitation il y a, elle est à mon sens librement consentie, aujourd’hui du moins, car si un prix semble exorbitant, chacun est libre de ne pas investir et d’acquérir un autre matériel moins onéreux. En ce qui concerne le prix de vente, rappelons toutefois les fondamentaux du commerce, à savoir que le prix qu’il est librement fixé par le producteur ainsi que, le cas échéant, par le revendeur.
Faut-il pour autant, en considération d’un prix trop élevé, acquérir sans état d’âme le clone pour une somme bien moins conséquente ?
A l’évidence la réponse ne peut être que négative pour plusieurs raisons
Tout d’abord, la copie sans le consentement de l’auteur est contraire à la loi. Comme d’’un point de vue juridique, nous avons tout lu et son contraire sur le sujet, nous allons tenter d’être à peu près clair en empruntant quelques raccourcis : le dépôt préalable n’est nécessaire que pour ce qui comporte un mécanisme susceptible de faire l’objet d’un brevet. Pour ce qui relève de l’esthétique pure, un dépôt n’est pas obligatoire et bénéficie, en France, d’une protection artistique. Reste à prouver qui a produit le chef d’œuvre en premier, si tant est que chef d’œuvre il y a… On pourrait développer mais pour faire simple : il est fort possible que les modeurs puissent avec succès poursuivre devant la justice les vendeurs de clone de leur produit. Mais comme ça coûterait très cher et/ou que le résultat serait assez incertain, ils s’abstiennent de le faire.
Bref, le clone c’est peut-être bien de la contrefaçon, mais ça ne conduit pas à la prison.
L’argument juridique et l’absence de poursuite sont souvent avancés pour justifier le recours au clone. J’ose à peine imaginer ce que serait la société si chacun devait céder à ses envies et n’avoir aucune retenue sur la commission d’infractions dès lors qu’il présume d’une absence de poursuite. Bref, le clone est illégal mais ce n’est pas bien grave.
Ensuite parce qu’à défaut d’être poursuivi judiciairement, le clonage n’est moralement pas acceptable. C’est plus subjectif. Plus difficile à admettre surtout. Opposer la clause de conscience au suceur de clone ne lui est guère sympathique lorsqu’il en essuie le reproche. Sur la forme, elle érige en juge et pose la question inévitable de la détention de l’autorité requise pour porter un jugement (au passage, je ne juge pas et j’invoque la clause vapologique qui autorise toute les dérives : j’exprime une opinion personnelle et comme elle est personnelle on peut pas me contredire que sinon t’est un gros con et cè le premier qui dit kiyè nananère). On peut toujours tenter de faire admettre qu’user d’un clone c’est participer au vol commis en toute impunité de la propriété du modeur. Une répartie cinglante vous apprendra alors que le modeur (enculé !) participe nécessairement à ce vol manifeste par son comportement hautement coupable.
1) il marge comme un goret ;
2) 2 il entretient la pénurie.
En clair, il devrait s’excuser de ne pas vendre à prix chinois des milliers d’exemplaires qu’il n’est pas capable de produire. Attention, je ne vais pas vous ressortir le couplet du petit artisan au fond de son garage affamé par l’ogre chinois. Mais il serait bien aussi d’admettre une fois pour toute que revendre un ato deux fois son coût de revient n’est en rien constitutif du foutage de gueule si souvent dénoncé. Le bénéfice est inférieur à la marge et puis surtout, je ne sais pas d’où vient cette loi vapologique qui voudrait que les modeurs travaillent à prix coûtant et vivent en dessous du seuil de pauvreté. Et même si j’estime que certains ne se mouchent pas du coude et nous prennent un peu pour des cons, ils sont tout de même libres de fixer leurs prix comme ils l’entendent (bis). Mais non, c’est comme s’il y avait une forme d’abus de droit qui aurait pour effet de conférer celui d’enfreindre la loi en se précipitant sur la première contrefaçon qui passe.
Quant à la pénurie, il est bien évident que le gars qui pourrait vendre trois fois plus d’atos qu’il n’en produit le fait exprès…
En clair, les modeurs sont des feignasses qui produisent peu pour vendre cher. Sans aucun doute ne suis-je pas suffisamment introduit dans le monde des modeurs pour assurer que ce n’est pas vrai. Je suis néanmoins bien assez renseigné pour savoir que c’est loin d’être systématiquement le cas et certainement pas une généralité. Je note cependant avec intérêt que mes détracteurs sont plus ignorants que moi et portent leurs accusations sur des fondements purement spéculatifs, se bornant généralement à comparer le coût du clone à celui de l’original, sans tenir compte du lieu de fabrication, des quantité produites respectivement, des éventuel intermédiaires, de la TVA, des charges etc… On se donne bonne conscience comme on peut.
Mais bon, la cause est entendue et il faut bien comprendre que ni le droit ni la morale ne s’opposeront valablement à la pratique.
Il reste peu d’arguments pour espérer convaincre.
Soyons donc pragmatiques et démontrons que le clone ne se contente pas d’être nuisible, il est sans intérêt.
Le clone est nuisible au modeur bien entendu. Même s’il est évident qu’il n’aurait pas vendu autant d’originaux qu’il ne s’écoule de clones, la mise sur le marché de la contrefaçon dissuade beaucoup d’acquérir l’original. Pire, nombreux sont ceux qui trouvant génial un matériel innovant trépignent d’impatience de ne pas voir contrefait l’objet de leur désir et angoissent à l’idée de devoir acquérir un original. Sans clone, combien de ceux-ci auraient investis autrement ? Ce qui est analysé en aval comme une perte de revenu est intégré en amont en termes de quantité produite. Dans un domaine où de nombreux modeurs conceptualisent et font produire, il faut s’engager auprès d’un sous-traitant pour une quantité donnée. Plus cette quantité est faible, plus le coût de revient individuel est élevé. L’apparition d’un clone, en faisant peser un risque accru sur les ventes, contribue donc au coût astronomique tant décrié. Quand le clone nuit finalement au vapoteur désireux d’acquérir des originaux.
Mais surtout, le clone est inutile. Ne croyez pas que je vais hurler que c’est de la merde parce que c’est chinois. Pire, la qualité de finition de ces objets délictueux s’avère tout à fait correcte, voire excellente. Si ce n’était pas le cas auparavant, la qualité tend à devenir la norme. Le clone est devenu inutile simplement parce que l’évolution du marché lui a fait perdre tout intérêt. En effet, moi qui fustige le clone aujourd’hui l’ai fort apprécié hier. Fut un temps où la pénurie d’une part et l’absence d’alternative low cost d’autre part conduisait à l’achat du clone pour accéder à une certaine qualité de vape. A cet égard, j’ai toujours identifié quelques propos malsains aux débuts de la guerre des clones, comme l’expression d’un regret de voir des vapoteurs lambda être en mesure de prendre un plaisir identique à celui que procure l’original sur un matériel contrefait, privant ainsi quelques privilégiés d’un bonheur d’autant plus intense qu’il n’était que peu partagé. Salauds de pauvres !
Un peu comme si l’accès à une certaine qualité de vape aurait dû être réservé à une élite (pas nécessairement fortunée mais particulièrement investie). Et l’argument économique seul, en dehors de toute pénurie de matériel, demeure alors compréhensible. Soit que les moyens financiers du vapoteur soient objectivement limités, soit qu’il considère objectivement que le poids du métal ne justifie pas l’investissement. Ce n’est pas parce que l’on dépensait 60€ par semaine en cigarette que l’accès au reconstructibe devrait se faire à coût constant. Le souhait d’accéder à une certaine qualité de vape m’a conduit à acquérir plusieurs clones (en sus de quelques originaux). Ils me furent fort utiles. La situation a néanmoins évolué depuis avec l’émergence d’atomiseurs et de mod originaux performants à des prix nettement plus concurrentiels. Cette alternative low cost au high end est loin d’être négligeable et permet aujourd’hui d’accéder à une qualité de vape élevée pour une somme raisonnable. Je ne vais pas vous faire la liste des matériels en cause, mais il suffit d’aller faire un tour sur fasttech, antre du mal ou île au trésor selon les opinions, pour découvrir que nombre d’atomiseurs et mods originaux y sont commercialisés à des prix modiques, similaires à ceux des clones. Donc, d’un point de vue économique, le clone a perdu tout intérêt.
Pourtant, le marché du clone se porte toujours aussi bien.
Ce que j’appellerai le « clone test » demeure sans aucun doute un motif sérieux d’investissement à bas prix. Il s’agit d’essayer à bon compte une nouveauté en évitant d’investir une somme conséquente. C’est l’autre raison qui m’a conduit à acquérir des clones. Grave erreur toutefois. Pour peu que vous ayez un peu d’expérience, vous savez ce que vous appréciez et êtes rarement détrompés. Du coup vous investissez dans l’original, sans que le passage par le clone soit utile. Et puis c’est une incitation à tester tout et n’importe quoi, ce dont on ne prend conscience que trop tard, c’est à dire lorsqu’on consomme 5 mètres de kanthal minimum par semaine, sans faire un seul clapton.
Le « clone test » est une fausse bonne idée avec le risque, accessoirement non négligeable, de tomber sur une mauvaise copie dissuasive et de passer à coter d’un excellent matériel.
Lorsque le clone est mieux que l’original, c’est envisageable peut être ? Soulignons que le clone mieux que l’original relève un peu de la légende urbaine, même s’il se pourrait qu’il ait été constaté, rarement, un meilleur niveau de finition sur un clone chinois que sur l’original. J’avoue que s’il s’agit d’un matériel prétendument high end vendu hors de prix, la tentation du clone est compréhensible. Pour ma part, ni l’original ni le clone ne retiennent mon attention.
Le motif d’achat d’un clone pourrait être à la rigueur envisagé dans l’hypothèse, désormais peu probable, d’un produit original très onéreux ou totalement indisponible aux caractéristiques telles qu’il n’aurait pas d’équivalent en original bon marché. Le choix est pourtant vaste.
Demeure l’hypothèse, et la pratique, qui me semble finalement la plus regrettable. La vape est un petit milieu curieusement exhibitionniste où l’on peut se sentir obligé d’être en mesure, matériel à l’appui, de démontrer à la communauté combien l’on est au fait des dernières nouveautés, ne manquant nulle occasion d’afficher ostensiblement ses dernières acquisitions. C’est déjà d’un ridicule affligeant s’agissant des originaux, c’est en outre d’une bêtise consternante s’agissant des clones. Un peu comme si le matériel était un signe extérieur de richesse vapologique, une forme de marqueur social, il est devenu désormais nécessaire d’exhiber la dernière contrefaçon chinoise pour faire style en espérant gagner le respect insignifiant d’une communauté de vaponarcissiques. Dans le même esprit, le clone autorise l’exposition de collections « humblement » désignées petites mais dignes d’une succursale de fasttech. Si ça peut faire 15 like et s’esbaudir deux débutants qui n’ont pas découvert encore les joies de l’importation chinoise, l’auteur de la photo en aura l’ego flatté.
Souvenons-nous tout de même que la vape est à la base un outil de sevrage tabagique et qu’il me semble difficile dans cette seule perspective d’admettre l’utilité d’amasser du matériel (original ou contrefait). L’argument financier et le besoin « thérapeutique » pour fonder l’achat de clone manque alors cruellement de crédibilité, et d’autant moins que nombres de clones acquis aurait pu sans difficultés se transformer en quelques originaux, moins nombreux certes, mais suffisants à l’épanouissement technologique du vapoteur.

S’il s’agit de collectionner j’entends mieux le besoin, d’autant que moi-même suis fort susceptible d’être invité aux dîners du mercredi pour exposer ma passion du mod méca (je collectionne également les sertisseurs de cartouche anciens, ce qui est tout aussi con), mais collectionner du clone, cela manque singulièrement de sens. Toute collection repose sur la quête d’objets qui ne valent d’être collectés que pour leur authenticité. Y aurait-il un intérêt à ranger des faux timbres dans un album ? Et on les collectionne, indépendamment de leur rareté, pour leurs qualités intrinsèques, techniques ou esthétiques. Et, pour revenir au sujet qui nous préoccupe, ce n’est pas faire offense à l’intelligence de souligner combien ces qualités découlent avant tout du talent de leur concepteur et ne sauraient appartenir au copieur. Le collectionneur de clones est dans une situation pour le moins paradoxale où il reconnaît le talent d’un modeur et veut lui rendre hommage par sa passion tout en faisant preuve à son égard d’un manque de respect total.
Vous l’aurez compris, l’achat massif de clones ne me semble pas pouvoir être justifié. Mais il s’explique sans doute par la déliquescence des consciences, lorsque la morale est mise à terre par l’incapacité de gérer la moindre frustration, le refus d’accepter de ne pouvoir satisfaire un besoin, ou plutôt une envie, insignifiant. Dans une société consumériste où des adultes adoptent le comportement d’enfants gâtés capricieux, le clone est presque salutaire, procurant la sensation artificielle de s’élever au-dessus de sa condition. A une échelle sociale microscopique, rappelons-le tout de même, puisque ce débat n’est pas susceptible de concerner plus que quelques milliers de personnes.
En guise de conclusion sur fond de lutte des classes, j’ajouterais que la vape du riche améliore celle du pauvre. Ces vilaines entreprises chinoises dont les dirigeants ont oublié d’être cons ont fini par comprendre qu’elles pouvaient produire leurs propres matériels originaux avec leur marque à elles. Nous sommes alors passés de la contrefaçon à l’original low cost bien pensé et souvent très bien fini. Les chinoiseries se nourrissent du high end pour proposer des atos qui, s’ils ne sont pas toujours réellement innovants, sont plutôt bien inspirés. Ces atos (mais aussi les mods) sont malheureusement trop peu mis en avant par les vapoteurs qui leur préfèrent (encore et toujours) les clones pour les raisons sus-exposées. Reconnaissons au moins ce mérite au clone, celui d’avoir permis à une industrie de masse d’acquérir les savoir-faire nécessaires pour offrir un matériel digne de ce nom au plus grand nombre.

Partager cet article :

Twitter Facebook Google Plus mail

2 comments

    1. Les clones devrait être retiré du marché Français purement et simplement, et une sanction affligé au vendeur et acheteur de clone .
      Cela ce pratique bien dans le textiles pour les grandes marques.
      Les importations venant de Chine ( en autre Fasttech) devrait d’être plus contrôler par les douanes, de plus ceux-ci devrait saisir tous les clones et contrefaçons.
      Le site Fasttech devrait être bloquer en France, que font les autorités Française ?
      NON au CLONE, et si on clonait les acheteurs de clones, que dirait’il ?
      Je sais je suis dur, non je suis réaliste…
      Les copies Diord sont interdites, pourquoi pas dans la vape… PROBLÈME

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *